Wolfie ou le Bearded Collie autrement.

Histoire de mettre un peu d'ordre dans mes idées j'ai décidé d'écrire mes réflexions sur cette race de chiens qui fait partie de notre famille depuis plus de vingt cinq ans.

En 1984, ayant perdu notre colley et pas vraiment sûrs d'en reprendre un autre, nous passions en revue les différentes races en feuilletant des revues cynophiles. C'est là qu'entre en scène le Bearded Collie, ce fut le coup de foudre. Tout y était, l'expression à la fois intelligente, vive, rustique, tendre, le gabarit idéal pour la famille, une histoire, une légende à faire rêver, un petit côté british qui n'était pas pour nous déplaire, un chien pas agressif du tout mais pourtant plein d'énergie.

Nous avons donc acquis notre premier Bearded Collie, Volupté du Clos des Baccara dite Vodka. Nous avons découvert avec bonheur ce qui ne se voit pas au premier regard : son intelligence et ses performances physiques. Une intelligence très créative qui en fait un chien plein d'initiative, très vif. Un tempérament de feu, un rythme cardiaque bas et une grande souplesse en font un sportif très performant, idéal pour le sport, l'agility, le troupeau évidemment ...

Aujourd'hui je suis sûr que l'engouement que cette race a suscité dans les années 80 était lié bien sûr à la mode, mais aussi et surtout au fait qu'il présentait toutes les qualités d'un chien pour la famille. Ce chien pouvait conquérir tous les publics, est-ce encore le cas aujourd'hui ? ...

Très vite certains ont souhaité mettre en avant son élégance qui est réelle, augmenter la longueur de ses poils. C'est vrai qu'avec un bon coup de brosse le berger hirsute des Highlands se transforme en gentleman capable de rivaliser avec les plus glamour des best in show.

C'est là que les problèmes commencent. L'exposition, outil de sélection et d'amélioration des races, s'est transformé en show. Les races qui ne disposent pas de branches de travail dérivent complètement et finissent par devenir confidentielles, construites sur un patrimoine génétique appauvri avec tous les problèmes qui en découlent. L'élégance et la beauté n'ont pas guidé les bergers dans la démarche de sélection qui a onné naissance au Bearded Collie, la longueur et la texture de la fourrure étaient destinées à résister au froid, la pluie, les branches des buissons. Aujourd'hui la robe de nos chien est un vrai problème, les chiens sont presque aveugles si on laisse faire la nature, on peut passer des heures à les coiffer, ils ramassent branches, ronces, cosses de chataignes, ..., à chaque sortie en forêt. Dans le même temps toutes les aptitudes de travail construites par des générations de bergers sont ignorées, voire mises en pièces. A part quelques fous dont je fais partie et qui se sont démenés en agility ou en troupeau, il ne s'est pas passé grand chose.

Pas bien grave diront certain, sauf qu'aujourd'hui nous aurions peut-être la chance d'avoir conservé certaines caractéristiques génétiques très utiles même en beauté. Voilà pourquoi nous avons cherché Wolfie au Pays de Galles.

Je vais vous en donner quelques exemples :

- un poil qui ne fait pas de noeuds, ça existe. Ceux qui ont possédé de tels Bearded le savent, ces chiens sont en général moins en poils quand ils sont chiots, le pelage est un peu plus brillant, presque un aspect de poil ras, et ne sont donc pas choisis par ceux qui exposent.

- Les poils autour des yeux et de l'anus plus courts, presque ras. Ce qui a l'énorme avantage de laisser les yeux bien visibles et les fesses bien propres. Ces Bearded présentent par ailleurs une pilosité abondante mais ont conservé dans leurs gênes une caractéristique que la nature a inventée pour que l'animal puisse se servir de ses yeux normalement. Prenez le temps d'observer les animaux sauvages à poils longs, ils ont des poils plus courts autour des yeux. Aujourd'hui la plupart des Bearded ont des poils longs jusque sur les paupières. A cet égard le simple respect du standard serait déjà une bonne chose et éviterait les problèmes d'yeux, d'oreilles, de pauvres vieux bearded tondus ou plein de noeuds. Sans parler du public qui progressivement se désintéresse d'une race qui s'adresse désormais à une niche d'amateurs très spécifiques alors que d'autres, qui auraient pu basculer dans les mêmes errements comme le berger des Pyrénées ont su conserver leur potentiel grâce à un club de race et des juges qui ont fait leur travail.

- La capacité mentale de se concentrer sur son ouvrage. Là aussi je peux vous assurer que beaucoup de Bearded ont aujourd'hui perdu complètement cette qualité de base pour un chien de travail. Trop fragiles, un rien les perturbe dès qu'on essaye d'obtenir concentration sur l'ouvrage quel qu'il soit. L'aboiement typique du Bearded est une réalité, mais trop d'aboiements est un signe d'instabilité, c'est la marque de chiens très difficiles à mener.

- La motivation : un chien de travail voit sa motivation se renforcer au fil des séances d'apprentissage, les maladresses du maître, les accidents de parcours, ne cassent pas son envie qui devient presque une obsession. Pour beaucoup de Bearded, dès que les exigences pour obtenir précision et obéissance augmentent, l'énergie s'étiole, la motivation diminue.

Si j'ose aujourd'hui dire tout haut ce qui se murmure depuis bien longtemps c'est que je pense que le moment est venu pour essayer de réagir. C'est aussi parcequ'à force de laisser la porte ouverte au débat, celui ci s'est développé autour de thèmes peu constructifs. Certains n'ayant pas réussi en exposition à la hauteur de leurs espoirs rejoignent la secte des adeptes de "l'ancien type" sans développer de vraies idées constructives. Si nous voulons continuer à améliorer la race il nous faut des objectifs lisibles et quantifiables, développer de vraies lignées de travail parallèlement à celles de beauté et ne pas revenir en arrière. Des Bearded faciles à coiffer, qui voient clair sans couettes ni toilettage, qui soient capables d'impressionner le public quand ils travaillent tout en restant typiques ... et beaux, voilà déjà de quoi faire ...

Maintenant j'attends vos idées, vos questions, vos exemples, ...

Pierre Gsell

Ci-dessus, Benjie of Bothkennar, le type que nous souhaitons.

Il est clair que le grand public aujourd'hui n'adhère pas à l'image des champions qu'il voit sur les rings, trop de poils, trop d'entretien, ... . D'autre part la consanguinité actuelle nous amènera tôt ou tard à des problèmes de maladies ou de tares avec les conséquences que d'autres races ont connues. Alors de grâce accueillez avec enthousiasme des expériences qui permettront de retrouver un public plus large et une garantie de santé pour nos poilus. Nos intérêts sont convergents.

Le Bearded Collie est une race récente établie sur quelques individus d'origines diverses il y a un peu plus de 50 ans. Pour ceux qui s'intéressent vraiment à son histoire nous recommandons de relire ce qui se fait de mieux sur le sujet : le livre "Herding Dogs - Their Origins and Developement in Britain" de Iris Combe (Voir l'extrait relatif au Bearded Collie) Le premier standard dans "Dogs of Scotland" de D. J. Thomson Gray 1891 est également un document intéressant qui permet de comprendre réellement le passé (voir l'article). Il existe par ailleurs une multitude d'écrits sur notre race dont certains plus poétiques que sérieux, mais Iris Combe nous semble la plus proche de l'état actuel de ce qu'il est possible de savoir.

Il y a un demi siècle, des cynophiles avertis ont jugé que des chiens de travail , produits à partir du mélange de diverses variétés de chiens de troupeau plus ou moins poilus, présentaient des caractéristiques extêmement intéressantes et attractives. Ils ont décidé de figer ce type de chien par la rédaction d'un standard qui a défini le Bearded Collie.

Le standard est excellent et mérite que l'on remercie ceux qui l'ont rédigé. Mais il faut être aveugle pour ne pas se rendre compte de la dérive actuelle, le danger est de le voir modifié pour qu'il corresponde à certains chiens actuels, ce qui serait un désastre. Beaucoup de chercheurs aujourd'hui nous alertent sur les dangers d'un patrimoine génétique apauvri, qui en l'espace de 6 générations a vu disparaître plus de 90% des variantes génétiques. Ils insistent sur la nécessité d'autoriser des apports extérieurs, ce qui d'ailleurs se pratique dans toutes les races de vaches, de chevaux ... et d'humains. (Voir un article sur la question)

La perte de variantes génétiques est bien plus grave que le simple problème de santé, en effet nous avons perdu plusieurs siècles d'histoire et de sélection, nous avons perdu la possibilité de faire évoluer la race, nous sommes aujourd'hui des peintres qui ont perdu leur palette de couleurs ! La seule issue pour sortir de cette impasse c'est d'autoriser des apports extérieurs. Pour ceux qui sont contre, il suffira de lire les pedigrees, c'est pas compliqué !

Certains éleveurs n'hésitent pas à affirmer avec force qu'ils vendent des chiens de compagnie et que leur clients n'ont que faire des qualités de travail. Ils affirment même que les chiens de travail sont forcément nerveux, obligatoirement destructeurs, impossible à vivre en famille ... Le simple fait de publier ce genre de remarques sans se rendre compte à quel point elles sont la négation de ce qu'est la cynophilie est grave et nous inquiète. Pendant que certains, à travers les témoignages anciens et les rares archives que l'on peut trouver, cherchent à comprendre quel usage était fait des chiens de type Beardie et quelles sont les attitudes de travail que l'on peut attendre d'eux, d'autres s'en désintéressent et pire, cherchent à s'en défaire !
Pour la petite histoire notre Wolfie n'a jamais fait le moindre dégât et est hyper calme dans la maison. Le plus souvent les chiens perturbés le sont par leur éducation.

Concernant la couleur Merle que portait le père de Wolfie, certaines personnes on cru intelligent de développer une polémique à ce sujet. La couleur Merle est présente dans de nomreuses races et l'était chez les Bearded Collie (standard de 1891), elle est gérée sans problème car le gène est dominant. Dans certaines races, parce que des mariages merle/merle sont effectués sciemment pour obtenir des robes spectaculaires qui se vendent très cher, diverses dégénérescences apparaissent. Ceci est odieux parce que les chiens issus de ces mariages risquent d'être aveugles ou sourds effectivement. Mais un éleveur responsable ne se risquerait jamais à ce genre de pratiques et le risque d'un mariage de deux merles fantômes est moins probable que de gagner le gros lot à la lotterie. Il faut dire aussi que la couleur merle n'a rien d'intéressant chez le Beardie.

Les qualités que nous recherchions étaient les aptitudes au travail, une meilleure texture de poil, une tête conforme au standard, un patrimoine génétique différent des champions de beauté. Ce que nous avons obtenu. Nous ne sommes pas des disciples aveugles de Lynn Sharpe, nous avions des idées précises sur ce que nous souhaitions et compte tenu de son expérience et de ses connaissances il nous a paru logique de s'adresser à elle.

Pour finir et rassurer tout le monde, Wolfie a 12 ans et nous ne souhaitons pas inonder le monde de sa progéniture, notre projet n'est ni financier ni hégémonique, il a engendré une cinquantaine d'enfants et de nombreux petits enfants et est à la retraite aujourd'hui. Avec Tia nous sommes à l'étape suivante, ensembles avec Wolfie ils devraient pouvoir ajouter une page à l'histoire du Bearded Collie.

Martine et Pierre

Les tests DLA

(Martine Gsell) Informations Minna Kellomaki Kesannon Bearded Collies Finlande

Il existe une région du génome appelée MHC, Major Histocompability Complex (DLA chez le chien et HLA chez l'homme).
Elle se situe sur le chromosome 12 du chien.
Les gènes de cette région sont chargés de la réponse immunitaire aux maladies.
Cette région requiert une diversité plus importante que le reste du génome.

D'autre part, de nombreuses maladies immunitaires sont liées à certains gènes de la région MHC

Cette région requiert diversité et polymorphisme, il est donc indispensable d'avoir le plus possible de gènes MHC différents dans une race car les problèmes immunitaires apparaissent plus fréquemment quand le polymorphisme diminue. Donc, plus la région MHC est polymorphe, plus le corps résiste aux bactéries et aux virus.
On a aussi démontré que certaines combinaisons d'allèles sont associées à des maladies auto-immunes.

Un haplotype est la combinaison de plusieurs allèles transmis comme un bloc.

Dans les tests DLA on étudie une combinaison de trois gènes de la région MHC, DRB1, DQA1 et DQB1, c'est dans cette région que l'haplotype est le plus polymorphe.

Chaque chien a 2 haplotypes dans son génotype, 1 hérité du père et 1 de la mère.
Si les 2 haplotypes sont différents le chien est hétérozygote, si les 2 sont semblables il est homozygote.
Les individus homozygotes sont moins polymorphes, et l'homozygotie sur certains allèles ou haplotypes à risques semble augmenter le risque de maladie.

Plus le génome de la race est riche, plus il y a d'haplotypes.
Si un haplotype est exprimé rarement, il tend à disparaître de la race.
Si un haplotype est trop fréquent, on risque plus de chiens homozygotes.
La richesse du génome est importante, mais sa distribution homogène l'est aussi.

Donc, si un grand nombre de chiens sont utilisés et d'une manière bien distribuée, la disparition de certains allèles est freinée voire évitée. On peut donc comprendre l'intérêt de faire le profil génétique d'une lignée ou de la race dans un pays, pour ensuite le comparer aux individus et pouvoir ainsi mieux programmer les mariages. Le but est de maintenir une hétérozygotie la plus importante possible dans la région MHC, ce qui devrait réduire les risques de maladies auto-immunes.

Exemple de la Finlande

Etude menée par le club de race et l'université d'Helsinki

165 BC ont été testés depuis 2009. Les analyses révèlent 7 haplotypes différents nommés Parta 1 à Parta 7. Ce nombre est raisonnable, mais les plus courants représentent approximativement 75% de la population.

Un important pourcentage (30%) de chiens sont homozygotes sur Parta 1 ou Parta 2, un seul l'est sur un autre haplotype.

82% des chiens ont été importés, eux-mêmes ou leurs parents. On peut donc penser que la distribution est similaire dans d'autres pays.

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